Il n’y a pas de « ebook »
Je vais critiquer ici l’Ipad et les ebook readers de manière très présomptueuse. Je reste conscient que les industries du livre et de l’informatique ont des impératifs économiques et qu’elles avancent sur un territoire très instable. Néanmoins, je m’autorise à avancer ce qui suit :
Les ebooks ne sont pas des livres
L’Ipad a semblé donner un coup de semonce à l’édition papier en présentant l’application Ibooks. Le Kindle d’Amazon avait également affolé tout le monde. Ces deux instrument ont peu en commun à l’intérieur, mais beaucoup à l’extérieur, dés qu’il s’agit de lire dessus.
Deux tablettes plates, possédant un écran et affichant des documents textuels ou iconographiques, dotés de contrôles pour manipuler et naviguer. L’Ipad a l’avantage de la couleur, le Kindle celui de l’encre électronique. L’Ipad a un écran tactile, mais jusqu’à preuve du contraire ça n’est pas nécessairement un avantage.
J’ai déjà pu manipuler le Kindle et ses concurrents, mais je n’ai jamais touché à l’Ipad. Ce qui ne me manquera pas pour expliquer mon propos puisque pour une fois il ne concerne pas les interactions, ni même l’expérience utilisateur, mais l’invention elle même.

Ce que n’est pas un livre :
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Un livre n’est pas la photographie d’un livre.
L’Ipad avec son mimétisme des pages en papier, sa réplique du format de la page, sa présentation d’étagère, se comporte comme un archiviste numérisant des contenus pour les préserver du temps.
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Un livre n’est pas un rectangle.
Le Kindle et l’Ipad proposent une lecture horizontale des pages, que l’on tourne comme sur un « vrai livre ». L’ipad a même une charmante petite imitation du papier qui se courbe, comme on peut le voir depuis longtemps sur les catalogues en Flash comme chez Issuu
En mimant la « finitude » du format rectangulaire des pages d’un livre , les readers actuels font une opération naïve et contre productive : c’est comme si Gutenberg avait cherché à reproduire la sensation de lecture de rouleaux de parchemin. Les rouleaux et les pages web peuvent accueillir des livres, ils peuvent décider de la fin de la page selon d’autres critères ou contraintes.
Notons que les premiers livres imprimés (les incunables) gardaient eux aussi des caractéristiques des manuscrits et étaient des objets richement décorés. Nous sommes encore à ces hésitations sur le concept.
Un livre qu’est ce que c’est ?
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Un objet
Ça au moins tous les constructeurs l’ont compris et mettent tous leurs efforts dans le matériel physique.
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Un contenu
Textes, iconographie, et pourquoi pas interactivité, média, avant tout un sujet. C’est un outil pour communiquer du sens. Transmettre une idée, une histoire, divertir ou informer. On l’a inventé pour ceux qui n’étaient pas là pour entendre, pour diffuser.
On ne peut pas remplacer le papier
Le livre a connu plusieurs formes : les tablettes, les rouleaux, les feuillets reliés, et aujourd’hui le document numérique. Le livre est libre de définition physique depuis son invention. Il n’est pas rectangulaire, il n’a pas que du texte ou que des images, il se lit debout ou assis, certains ont des images, d’autres non.
Les inventeurs de « lecteurs de livres électroniques » font fausse route en cherchant à importer le papier dans leur machine. Ils ne sont pas posés la question de l’outil, mais uniquement de l’utilisation. Nous lisons déjà des documents numériques pensés et mis en page pour le support numérique. Ce sont des pdf, des mails, des pages web. Consulter la restitution d’un livre papier est une autre démarche. Certains livres ne pourront jamais être numérisé autrement que comme témoignages de ce qu’ils sont, c’est inévitable.
Tous ces objets suivant SONT des livres, et ils ne peuvent exister numériquement que comme témoignage de ce qu’ils sont réellement :

Flip book

livre pop up

livre expérimental
Le papier est du papier, le numérique du numérique
L’ergonome Jakob Nielsen avait en 1998 expliqué les échecs répétés des interfaces en 3D en affirmant : 3D is for 3D (« La 3D c’est pour la 3D »). C’est à dire que pour manipuler des informations textuelles ou iconographiques en 2D, comme un document Word ou une page web, la 3D n’était qu’un filtre compliquant les innombrables usages qui en sont fait, tandis qu’un environnement 3D s’avère très efficace pour travailler sur de l’image de synthèse ou des objets réels (un simulateur de vol par exemple, ou une opération chirurgicale).
Le document numérique a toutes les qualités requises pour accéder au rang de « livre », il ne manque plus aux éditeurs qu’à comprendre qu’ils doivent faire une mise en page papier et un mise en page numérique. Le document numérique n’a pas les limites physiques du papier, il n’est pas nécessaires de les reproduire, il a déjà assez de limitations et de défis à l’accessibilité comme ça !
Conclusion : les ebooks n’existent pas
J’affirme donc : il n’y a pas de ebook, il y a des livres, qui sont fait pour le format dans lequel ou lesquels on les publie.
J’emprunte cette insolente affirmation au sceptique Sextus Empiricus, lequel explique dans son « Contre les professeurs » pourquoi les professeurs, les enseignants, sont une illusion, et donc n’existent pas ! C’était plus une insulte qu’une véritable exposition sceptique, en tous cas quel humour ! (au passage, oui, je lis ce genre de livres, on a tous nos tares).
Le ebook n’est pas une invention. C’est l’utilisation de plusieurs autres invention (l’ordinateur, l’encodage des caractères, …) dont les applications sont vieilles de plusieurs décennies. Les e-reader sont un dispositif inutiles pour qui est déjà équipé. Un téléphone suffit amplement à lire un livre, comme au japon ou 85% des étudiants lisent des romans sur leur mobile.
Un peu de recherche sur les usages et les besoins, hors d’une démarche purement marketing sur les désirs, fournirait à coup sûr un outil plus convaincant.
crédits photos : Kyle Bean, emmealcubo, topekalibrary, crystiancruz


