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Le bon design

En 2009 j’avais écrit un article intitulé « less is less » pour balancer un peu contre le principe devenu proverbial de Mies Van der Rohe et son affreux « less is more ».

Si ce  principe peut avoir ses qualité, et si s’en réclamer doctrinalement peut être un choix pour les designers, il ne garantit en rien le « succès » d’un design. Pire, croire que cette affirmation gratuite possède un fondement objectif nous ramène à la querelle du dessin contre la couleur, qui fit trembler les murs de l’académie en 1673.

Aujourd’hui, mon petit doigt me dit que tout le monde va redécouvrir Dieter Rams, un designer qui officia chez Braun et réalisa quelques uns des plus grands succès de la marque dans les années 60 et 70. Et bien, ce designer excellent par ailleurs, s’est rendu coupable d’avoir établi les lois du « bon design »  !

Hauts parleurs par Dieter Rams en 1960

  1. Le bon design est innovant
  2. le bon design rend un produit utile
  3. le bon design est esthétique
  4. le bon design rend un produit compréhensible
  5. le bon design est discret
  6. le bon design est honnête
  7. le bon design est indémodable
  8. le bon design est précis dans ses moindre détails
  9. le bon design est respectueux de l’environnement
  10. le bon design comporte aussi peu de design que possible.

Cette liste doit beaucoup au « less is more » et à « Dieu est dans les détails », du même Mies van der Rohe. Mais elle est PIRE ! Et ses conséquences sont TRAGIQUES : ces lois sont enseignées ! oui, enseignées ! Pas comme une vision d’un homme, qui se serait donné des règles pour coller à ses croyances ou se poser en arbitre des élégances. Non, elles sont enseignées. Et des étudiants en design sortent de leur école persuadés qu’ils ont là une connaissance qui serait une sorte de compétence.

Des professionnels débattent tous le jours entre eux pour vérifier l’accointance de leur création avec chacune des règles. Des prix sont décernés selon ces critères !

Je n’ai pas envie de décortiquer ces 10 phrases. J’adhère à certaines. A d’autre, jamais. Je passe rapidement sur le flou qui entoure l’usage du terme « esthétique » dans ce contexte. J’attire seulement votre attention sur l’insistance à répéter le mot « bon ». A moins de convoquer Platon, je ne vois aucun fondement raisonnable qui permette de s’assurer que quelque chose est bon. J’aime autant vous dire que je ne suis pas platonicien.

En fin de compte, c’est la couleur qui a gagné en 1673, et une explosion de baroque, de maniérisme, de grotesque et de rococo  a inondé l’Europe. Je rêve que cela arrive au graphisme un jour.

Le viol d'Europe.

6 commentaires

  1. Jean W dit :

    Vive le baroque! J’adhère à 200% à ce post. De toute façon, le ver est dans le fruit de ces tablettes de la loi : « 2. le bon design est esthétique ». Ce qui induit que tout design est subjectif, personnel. Donc valable pour un groupe de personnes à un moment donné de son histoire culturelle. Ce qui met à mal le « 7. le bon design est indémodable ». Certes, nous cherchons toujours à rendre le plus pérenne possible le design d’un objet ou d’un logo, mais aucun marque ne peut se targuer d’avoir garder exactement le même logo plus de 20 ans sans une petite actualisation. Les marques, les objets évoluent avec le temps, les usages, les priorités dans les éléments du cahier des charges. La chaise de Gerrit Rietveld est tout sauf discrète, tout sauf indémodable, mais c’est un bel objet dessiné avec grand soin, à l’esthétique très typé que certains sauront apprécié. Pas tous… ;-) Exit le point 5 donc!
    Quant au 10, il me laisse perplexe… c’est assez ambigu je trouve : tout est pensé (donc designé) dans le moindre détail (8), mais dans le détail il faut qu’il y aie le moins de design possible. Quelle est donc la définition du design alors?…

    • Maël Poulain dit :

      les points 8 et 10 sont compatibles si on considère que soigner les détails, c’est poser un paragraphe sur une surface blanche, puis passer une semaine à se décider entre 875 possibilités d’interlignage.

  2. Robert Badinter dit :

    Je suis tout à fait pas d’accord !!!

  3. JP dit :

    Je n’ai jamais lu un article aussi… creux. Il n’y a aucuns arguments dans vos propos, c’est du lynchage gratuit. Si au moins vous compareriez avec d’autres thèses ou lois liées à l’esthétique industrielles ou au rôle du design même (cf : La charte de l’esthetique industrielle par J.Vienot, 1953 ou encore les conférences de IDEO chez TED X) Vous pourriez créer le débat, et laisser ainsi de côté les commentaires du type j’aime, j’aime pas.

    • mael.poulain dit :

      Hé hé, si vous lisez à nouveau l’article, vous découvrirez que ce que je fustige dans ces « lois », c’est qu’elles sont creuses et non argumentées. Que l’on trouve l’article creux lui même est une bonne conclusion.
      Je me permet de clarifier ma position : il existe une culture du design qui s’épanouit en marge des astreintes de rôle, de loi, ou d’héritage. Les maximes énoncées par de prestigieux professionnels vous rendront sûrement assez compétents.
      En revanche, ouvrir un livre d’esthétique vous renseignera sur la pauvreté de la réflexion de gens comme IDEO. Je vous conseille l’excellent « Routledge Companion to Aesthetics » dont la 3ème édition vient de paraître.
      Vous découvrirez que s’il n’est pas interdit à un artiste (même au sein des arts appliqués) de trouver l’inspiration dans la vapeur de propos fumeux, cela n’est pas une obligation.
      Il est normal pour une profession, dont l’importance va croissante, de tenter de se définir elle même et de structurer ses enseignements, ses missions. Mais je ne goûte pas les aspirations de « recherche en design » qui fleurent bon les pseudo-sciences, ni les rassemblements prophétiques de ténors du métier, dissertant sur comment les industriels devraient acheter des prestations de design.

      J’ai écrit cet article pour chatouiller les gentils fans d’Apple au moment de la mort de Jobs. Je suis content d’avoir réussi à navrer un vrai designer !

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