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« Less is less »

Mies van der Rohe a bouleversé l’idée que l’on se faisait de l’architecture, et son influence a atteint tous les arts décoratifs. Son mot fameux, « Less is more« , est devenu un mot d’ordre pour tout designer, du graphiste comprenant l’importance du vide pour poser le plein au designer industriel à la recherche du streamline parfait (un coup de Raymond Loewy cette fois ci).

Pavillon allemand de l'exposition universelle de 1929

L’art ayant suivi un chemin parallèle avec le minimalisme et les aller retours entre les deux mondes se faisant de plus en plus denses, la confusion s’est installée entre simplicité et minimalisme. Or, van der Rohe, homme d’esprit, ne s’est pas contenté qu’une saillie géniale, et a également commis le très inspiré « Dieu est dans les détails » !

On a beaucoup glosé autour de ces deux phrases et loin de moi l’envie de vous infliger un pénible résumé des positions des différents camps. Cependant la tendance minimaliste a une influence désastreuse dans le design d’interface du fait de la confusion dénoncée plus haut. Don Norman, un des vieux gourous de l’utilisabilité, a jeté un pavé dans la marre avec son article « Simplicity Is Highly Overrated« , où il exprime son agacement face à cette nouveau crédo qui oblige les designers à débarrasser nos écrans de toutes les fonctions qui pourraient nous être utiles. Google et Apple sont les maitres incontestés de la page quasi-blanche, immaculé d’efficacité et d’élégance, suivons leur exemple ! Les Suisses ont imposé l’helvetica et la grille de composition dans l’unique but de nous aider à soustraire méthodiquement de nos compositions tous leurs éléments superflus, voilà qui est certain !

Excès d'helvétisme

Voici des débats esthétiques forts intéressants, mais qu’en est-il du design, de son utilité, de son utilisateur ? Norman est certes volontairement provoquant, mais c’est en réponse à la posture, arrogante de surcroit, des designers clamant la supériorité de leur démarche dés lors qu’elle brille a éliminer de l’information.

Apprenez une chose, designers de tous poils : de nombreuses interfaces d’une grande laideur jouissent d’une immense popularité et apportent entière satisfaction à leur utilisateur. L’interface est un outil, et votre savoir devient inutile (du moins dans un premier temps) face au défi que représente la conception d’un ensemble cohérent de fonctions, d’interactions et de tâches acceptables pour un utilisateur, et dont l’élégance se niche avec discrétion « dans les détails » !

crocquis de l'interface de vimeo.com

Rassurez vous, la compétence graphique, et je m’en félicite étant moi même graphiste, sera vite nécessaire pour rendre l’interface utilisable, bien que le goût des uns ne soit pas celui des autres, aussi les ergonomes aiment ils à s’entourer de créatifs capables de rendre leurs préconisations digestes. La simplicité, en réalité, est dans l’exécution de la tâche. Mais une tâche ardue le restera, et il importe de conserver la complexité nécessaire à son accomplissement, en accompagnant son apprentissage puis sa facilitation par les fonctions avancées indispensables aux utilisateurs experts.

Un article un peu agacé, les coups de gueule font du bien de temps à autres. Et n’oubliez pas : « Le minimalisme c’est pour les feignants ! »

Le minimalisme, c'est pour les feignants !

Le minimalisme, c'est pour les feignants

1 commentaire

  1. [...] 2009 j’avais écrit un article intitulé « less is less » pour balancer un peu contre le principe devenu proverbial de Mies Van der Rohe et son [...]

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