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Peut on construire un site internet graphiquement ?

Le fantasme des graphistes

Tous webdesigner qui compose ses pages sur un logiciel de traitement d’image (Photoshop, Gimp, Illustrator, Inkscape…) sait que l’attend une étape bien plus longue et pénible : l’intégration. Qu’elle soit en HTML ou en Flash, elle est une étape obligée pour donner vie au graphisme en lui ajoutant juste un détail : l’interactivité.

Et si on pouvait fusionner les deux ? Pourquoi doit-on perdre son temps à coder ce qu’on a déjà construit ? Il faudrait inventer un logiciel qui permettrait de transformer mon graphisme en code et le tour serait joué !

Pas de problème, nos sauveurs sont là : les sites builders (comprenez, les « constructeurs de sites »). Ils se font de plus en plus nombreux, et promettent de laisser une totale liberté créative « sans compétences en programmation ». En voici quelques exemples :

Drupal Garden

Drupal Garden - générateur de site internet pour Drupal

Drupal Garden - générateur de site internet pour Drupal

Drupal Garden fait couler beaucoup d’encre et reçoit de nombreuse critiques positives. Pourtant la capture d’écran ci-dessus montre une limitation fondamentale : un sélecteur de thèmes. Est-ce à dire que si l’on ne trouve pas la mise en page « type » que l’on souhaite adapter, il faudra la … coder ?

Wix

Wix - générateur de sites internet statiques en flash

Wix est un des plus populaires, basé sur Flash, il offre une galerie d’effets et de styles aboutis, et il faut bien le dire, le rendu a un coté « pro » pour un peu qu’on ai du goût ou du métier. Mais impossible de créer ses propres effets, à moins de passer par des services professionnels payants… Et un design est-il une succession d’effets ? Et si on veut une fonction en plus, ne serait-ce qu’un blog ou un widget twitter. Vous êtes dépendant des composant inclus.

Flashmoto

flashmoto, éditeur visuel de sites internet en flash

En voici un qui semble plus abouti : Flashmoto. Regardez comme l’interface rappelle Photoshop ou même carrément After Effects. On est dans de la création de transitions animées très fines, et je peux uploader les médias dont j’ai besoin pour les manipuler à ma guise. Mais ici comme pour Wix, pas de vrai publication de contenu dynamique. Il semble que pour ces deux logiciels, une page web soit un rectangle de 1024 su 768 pixels, peu importe les autres configurations ou capacités d’un navigateur.

Webnode

Webnode, création et édition de site internet

Webnode propose une approche très différente. Les contenus dynamiques et leur réutilisation sont possibles, grâce à une barre d’outil rappelant le ruban de la suite bureautique Microsoft Office. En guise de mise en page et de personnalisation, vous avez la possibilité de changer les blocs de place et de modifier les couleurs ou tailles de polices. Le design se réduit-il à ça ?

Pourquoi ça ne marche pas ?

Les sites builders sont des échecs parce qu’ils sont inadapté au web.

Ils n’exploitent pas ses possibilités et se réduisent à des mises en page multimédia

Ils sont rigides car ajouter de nouveaux contenus ou pire, des fonctions, demande un changement en profondeur de l’organisation des pages ou de la mise en page.

Ils offrent des libertés attirantes (superposition et positionnement). Mais s’affranchir des contraintes du document numérique c’est se priver de ses avantages :

  • le format continu (faire une composition visuellement pour chaque page, et non pas modèle de page, c’est implicitement limiter la page à sa partie visible au moment ou on la crée. Bien que ce soit valable pour toute méthode de création)
  • la sémantique, le flux
  • la versatilité des contenus (réutilisation de contenu, génération de contenus etc. : très difficile à gérer sur ce type de plateformes)
  • l’homogénéité (modèles de page infini = pas d’efficacité)
  • un vision limitée du web, ne produit que des sites vitrines ou agrémentés de gadgets
  • le fonctionnalisme (une dépendance à la plateforme pour les technologies)

L’aporie vient de la nécessité de créer en même temps le graphisme, l’architecture de l’information et les interactions.

Ces problématiques sont la définition même du web : un système d’information hypertexte. On ne conçoit pas un site sans redéfinir pour chaque cas des règles pour la classification, la navigation, le comportement de l’interface etc. Elle changent à chaque fois.

Un graphiste « print » doit pour chaque projet décider d’un support (livre, catalogue, brochure), d’un format (portrait, paysage, proportions), d’une qualité de papier (épaisseur, teinte, protection), d’une structure (reliure, pliage). Il ne peut pas juste ouvrir son logiciel et se mettre au travail. Il conçoit.

Réunir sur le même plan conceptuel deux modes de pensées en concurrence est une erreur méthodologique, impossible à traiter dans le même temps. Pouvez vous élaborer le plan d’un immeuble pendant sa construction ?

Nous avons une capacité d’attention limitée, et la focaliser sur des modes voisins en même temps en épuise la « réserve ». Votre mère vous dira sûrement que les femmes peuvent faire plusieurs choses en même temps. Apprenez que c’est faux, sauf si ce sont des automatismes.

Un désir légitime

L’idée de réaliser les sites internet sans code n’est pas en cause, ça serait même un grand pas, à condition de séparer les étapes et les compétences.

C’est ce que tente de réaliser Flash Catalyst : une passerelle entre graphisme > design d’interaction > développement :

Flash Catalyst - Editeur d'interactions riches

Flash -Catalyst, Éditeur d'interactions riches pour Action Script

Flash Catalyst est encore un projet en cours de développement qui offre au designer la possibilité de générer les interactions directement depuis ses fichiers PSD ou AI en se basant sur les calques pour créer des transitions d’état. Le code est ensuite généré en Flex ou Action Script, les développeurs  reçoivent ainsi directement le code de l’interface. Tout y est, c’est déjà plus qu’un prototype.

J’émets de sérieuses réserves pour les nombreuses raisons citées plus haut, mais on est face à un défi qui s’efforce d’être relevé. Inventer la roue n’est pas si simple quand on n’arrive pas à donner une définition valide de la roue. Nous sommes sûrement à la veille de découvrir le bon processus, il semble que cela démange un peu tout le monde.

Moi même, quand j’ai un prototype fonctionnel, j’ai presque envie qu’il y ait un bouton « publier le site », il ne manque « que » les données et leur stockage !  Et de leur coté nombre de développeurs voudraient un bouton « générer l’interface ».

Preuve que c’est une tendance naturelle de penser selon un angle limité, le sien, et que  concevoir pour les utilisateurs, les autres, est indispensable en design.

2 commentaires

  1. Poulain dit :

    Ah bon les CMS ne sont donc pas l’avenir du web ?!!! On m’aurait menti !

    Article intéressant, je ne les connaissais pas tous.

    Cela dit c’est bien d’essayer de réaliser un site sans code pour vous les designer mais pour nous les codeurs, il est ou le logiciel qui nous dis que notre site est moche et mal foutu, une catastrophe ergonomique et qu’il provoque la migraine chez nos utilisateurs unique !

    Quels outils tu conseilles pour travailler la charte graphique d’un blog sans prétention developpé ac le genialissime framework de ruby (rails!)?

  2. Maël Poulain dit :

    Attention, on est plus dans le CMS, on est déjà au-delà avec les sites builders. Je dirais même : on est trop loin !
    Le CMS permet de gérer le contenu et la publication d’un site internet, mais en aucun cas de le créer. Ce qui ne risque pas de changer, le web changeant en permanence, il faut sans cesse réinventer la façon de coder les sites.

    Je sais pas si il y a des outils pour alerter le codeur que son site est moche, mais un email à un proche graphiste c’est si simple :)
    Par contre pour Ruby, j’en sais trop rien mais à ma connaissance le problème est le même quel que soit le langage : il faut intégrer le design en html (ou en flash si tu es fou).

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